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L’intuition de la survenance

Première publication, mai 2007 (révisée août 2015)

Le recours au concept de survenance du mental sur le physique[1] veut être un éclairage du lien que le mental entretient avec le physique. Manifestement enfanté par l’image d’une réalité stratifiée par niveaux, le concept de survenance permettrait de spécifier la nature du lien entre le physique et le mental.

Le concept de survenance est ainsi souvent présenté comme une intuition puissante au sujet de la corrélation esprit/cerveau : deux êtres physiquement identiques en tout point partageraient les mêmes propriétés mentales.

Dans une histoire de téléportation de la série « Star Trek », on peut voir une personne monter sur un podium entouré de machines étranges. Bientôt, s’approchant de l’estrade, un technicien salue l’individu et se met à manipuler quelques boutons, déclenchant aussitôt un miroitement de l’air faisant brusquement disparaître la personne… pour mieux réapparaître à des milliers de kilomètres de là. Cependant, dans un épisode de la série, à un moment donné une erreur de transmission survient. Le personnage se voit alors téléporté simultanément en deux endroits différents. Il est alors dédoublé : deux copies de lui-même existant en même temps.

Les questions qui se posent au sujet des doubles sont alors les suivantes : Les deux personnages de la fable, répliqués physiquement à la molécule près, nous semblent-ils psychologiquement identiques ? Ont-ils le même humour par exemple ? Aiment-ils les mêmes plats ? Eprouvent-ils des douleurs de la même façon ? Notre intuition, manifestement, nous fait répondre « oui ». Les deux répliques semblables dans chacun de leurs aspects physiques, le seraient aussi dans chacun de leurs aspects mentaux.

Cependant, cette première intuition générale de survenance du mental sur le physique reste consistante avec l’épiphénoménisme fait remarquer D. Papineau[2] et ne permet donc pas de soutenir la thèse d’un physicalisme ontologique minimum. En effet, les répliques pourraient être psychologiquement semblables dans la mesure où, comme l’original, leurs cerveaux causalement produiraient des états mentaux.

Ce que nous donne à penser l’intuition de la survenance n’est donc qu’une simple corrélation qui peut être consistante avec la thèse, que les états mentaux pourraient être causés par le cerveau sans qu’ils puissent posséder quelques pouvoirs causaux. Cette intuition élémentaire de la survenance ne rendrait alors compte que de la simple co-variation entre les différents états physiques et les différents états mentaux. Une telle conclusion n’apparaît alors pas très conforme avec les conclusions de l’argument causal.

Ce que nous montre la fable du télétransporteur de la série Star Trek, c’est que l’identité physique garantit l’identité des aspects mentaux à travers les possibilités de nos lois naturelles dont celle de l’épiphénoménisme. Autrement dit, notre intuition de survenance basée sur le slogan « aucune différence mentale sans une différence physique », ne suffit pas à écarter la possibilité que les propriétés mentales seraient ontologiquement distinctes des propriétés physiques.

Références

[1] 1970, « Mental Events », in Davidson, 1980, Essays on Actions and Events., trad. Française P. Engel, Actions et événements, Paris, P.U.F., 1993.

[2] 2002, Thinking about Consciousness. Oxford: Oxford University Press, p. 37.

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