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Les neurosciences et le sentiment de libre arbitre

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Les questions philosophiques concernent tout le monde et apparaissent non sur ce qui a été écrit dans le passé mais directement dans monde où nous vivons. C’est pourquoi il peut arriver qu’un concept né dans le champ philosophique vienne glisser dans un autre. C’est le cas du libre arbitre au sujet duquel certains scientifiques – en particulier des neuroscientifiques – ont ressenti le besoin de prendre position. Ces conclusions d’arguments, issues directement de la recherche empirique, sont diversement appréciées par la communauté des philosophes. Mais que peut faire la philosophie de résultats d’expériences qui tendent à nier le libre arbitre ?

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  • Libre arbitre et déterminisme

Le problème canonique du libre arbitre est uni à celui du déterminisme – et ce dernier se décline dans une grande variété de formes. De ce que nous avons hérité de nos ancêtres en naissant, par notre génome, à l’ensemble des mécanismes sociaux et culturels qui déterminent nos comportements, en passant par l’inconscient (freudien ou autre), l’impression que nos comportements seraient entièrement programmés par la structure innée et non consciente de notre système nerveux et par l’apprentissage socio-culturel est forte. C’est pourquoi le déterminisme nous apparaît comme une espèce de structure causale contraignante qui affaiblit la puissance de nos actes et nous afflige car, en tant qu’êtres humains, nous aimons penser que nos décisions sont sous notre contrôle conscient et que nous avons le libre arbitre.

  • Le déterminisme

On peut soutenir que le monde dans son ensemble est déterminé dans ses moindres détails. Si, par exemple, le nombre de cheveux que j’ai sur la tête m’apparaît être grand mais me laisse dans l’incapacité de pouvoir dire précisément combien il y en a, cette imprécision ou ce vague n’est pas dans la réalité elle-même mais dans mon inaptitude à pouvoir les compter. A la limite de mes compétences perceptives et cognitives, certaines choses demeurent ainsi vagues et mal définies. Mais cette indétermination réside dans mon esprit et mes idées. Le monde, quant à lui, n’est pas indéterminé. Même le vent qui parfois vient nous surprendre et retourner notre parapluie a une force et une direction précise. Il en est de même pour les êtres que nous sommes. A un moment précis de notre vie, nous avons un nombre exact de cellules, une taille et une masse toutes aussi exactes. A un moment précis de ma vie, mon cerveau – ainsi que les pensées, les intentions, les sentiments qui lui sont corrélés – est exactement dans l’état où il se trouve.

Maintenant, si je me demande pourquoi le monde est ainsi à ce moment précis, je ne peux que soutenir l’explication que c’est parce que précisément, un moment auparavant il était ce qu’il était.  Etant donné exactement ce qui était avant, le monde ne pouvait pas être autrement que ce qu’il est maintenant. Et ce qu’il fut à un moment avant, dans ses parties les plus petites et les plus grandes a été la conséquence de ce qu’il avait été auparavant, etc. Autrement dit, le monde tel qu’il est à un instant précis semble bien être le seul monde qui pourrait être, étant donné ce qu’il a été. S’il en est ainsi, alors on peut dire que pour chaque chose qui existe, nous sommes en présence de conditions antécédentes, connues ou non, qui sont données et cela signifie que les choses n’auraient pas pu être autrement que ce qu’elles sont.

Ces idées-là fonctionnent dans la vie de tous les jours comme un principe a priori qu’il est bien difficile de remettre en question. Ce sont elles qui me permettent de penser assez tranquillement que ce qui se condense dans un nuage sera seulement de l’eau et non un brusque concentré acide ou que le chat de ma voisine ne me sautera pas à la gorge en m’apercevant ou encore que le conducteur de la voiture appuiera probablement sur la pédale de frein lorsqu’il m’aura vu traverser l’avenue sur le passage piéton.

C’est que les lois causales s’érigent sur des régularités et qu’un phénomène doit bien avoir une cause !

Elevé au rang de théorie métaphysique le déterminisme soutient alors que la succession des événements et des phénomènes s’explique selon un principe de causalité. Et ce principe devient méthodologique pour toute science. En effet, lorsqu’un scientifique observe des phénomènes qui se reproduisent, il évalue ses hypothèses, les renforce ou les écarte au moyen d’observations nouvelles et sa démarche est soutenue par la conviction du déterminisme de la nature. On peut dire que le déterminisme est la condition nécessaire de toute anticipation. En effet, comment un scientifique pourrait-t-il se mettre à douter que chaque phénomène ne soit pas l’effet d’un groupe de phénomènes qui constitue sa cause ?

Certes, il existe un grand nombre de choses que nous ne connaissons pas et que nous ne connaîtrons sans doute jamais. Mais le déterminisme ne dit pas que nous pouvons connaître toutes les lois de l’univers et les utiliser pour prédire tout ce qui va arriver mais seulement qu’il existe des lois naturelles et que conformément à ses lois, les circonstances qui précèdent l’action déterminent qu’elle aura lieu, et excluent toute autre possibilité. En effet, pour faire une prédiction exacte, il faut pouvoir prendre connaissance de l’état initial dans son entier et cette condition ne peut pas toujours être réalisée. Mais d’une prédiction qui ne se réalise pas on ne peut néanmoins inférer la fausseté du déterminisme pas plus que l’on ne peut inférer qu’il puisse exister un indéterminisme fondamental dans la nature. Ainsi, la science contemporaine pose un déterminisme souple qui admet l’aléatoire, le chaotique et qui dans certaines circonstances ne permet qu’une prédictibilité imparfaite. Néanmoins, la démarche de la science n’est pas de l’ordre de la résignation car elle pose qu’il existe des conditions d’existence des phénomènes qui sont logées dans les mailles du déterminisme[1].

C’est ainsi que le déterminisme – suivant le principe qu’un événement surgissant sans cause, autrement dit qu’un événement qui ne serait pas un effet, ne pourra que difficilement être qualifié d’événement[2] –, affirme que toute action humaine est entièrement suscitée par l’existence d’événements précédents. C’est pourquoi le libre arbitre, qui peut se définir comme une rupture du déterminisme, puisqu’il envisage l’existence de causes ayant la capacité de faire un saut hors du déterminisme physique, apparaît comme un pouvoir prodigieux.

Est-ce bien cela ?

  • Le libre arbitre

On peut définir très sommairement – et assez approximativement – le libre arbitre comme une aptitude à faire librement des choix. Faire un choix suppose qu’on puisse en même temps faire et ne pas faire une chose. Autrement dit, d’être en capacité de faire ceci ou cela. Des choix et des décisions nous en faisons et en prenons des dizaines par jour. Et même si nous avons parfois conscience d’être influencé dans nos décisions, nous avons la plupart du temps l’impression que ces choix, nous les faisons nous-mêmes, librement.

Nous ne sommes pas les seuls êtres dans la nature à faire des choix. Tout le monde vivant fait des choix. Tous les animaux sont de vraies machines à faire des choix. C’est normal. Aucun organisme ne peut se comporter simultanément de toutes les manières possibles. Et puis, toutes les alternatives qui se présentent à un organisme ne sont pas équivalentes en termes d’intérêt. La limace hésite entre les feuilles de choux et de salade mais finit par faire un choix. C’est que persister dans l’existence dépend constamment de la capacité qu’ont les organismes de choisir des voies d’action qui seront bonnes pour eux.

Alors quelle différence entre l’aptitude à faire des choix que l’on retrouve partout dans le vivant et notre pouvoir de choisir librement ? Et bien nos choix, nos prises de décisions seraient d’une nature différente. Ils seraient dits « libres » car l’origine de ces prises de décision et de ces choix se trouverait en nous, dans notre « moi » – qui ne se réduit pas à un état initial physique – et dans rien d’autre. D’ailleurs nous la sentons très bien cette réalité du libre arbitre et nous pouvons en témoigner. Et pas besoin de démonstration pour accéder à cette réalité[3]. Avant l’action, nous délibérons et avons le pouvoir de décider autrement : nous pourrions ne pas agir ou agir autrement. Et après l’action, il arrive que nous éprouvions des sentiments tels que le remord ou le regret : nous savons que si nous l’avions voulu, nous aurions pu agir autrement.

Et cette intuition dont, au quotidien nous faisons l’expérience, apparaît vraiment plus puissante que l’idée métaphysique du déterminisme. C’est plus fort que nous ! Nous nous définissons comme des agents libres. De même que naturellement nous sommes enclins à attribuer ce statut d’agent libre à tous nos semblables. Ce n’est pas surprenant. Lorsque nous cherchons à prédire le comportement d’un être quelconque, voire d’une machine, nous avons tendance à adopter ce que Daniel Dennett appelle une « perspective intentionnelle[4] », raison de plus, s’agissant de nous et de nos actes. Nous ne pouvons, en effet, que vêtir ces derniers du terme merveilleux de « libre ». Et c’est cela qui nous donne ce sentiment formidable d’avoir le pouvoir de décider même à partir de rien. C’est une disposition qui nous rend capable d’inscrire nos actes dans un commencement pur qui émerge d’une étrange absence de circonstances causales – comme un trou, un chaînon manquant dans le processus. En effet, déterminé par aucune autre cause physique que sa propre volonté, l’agent libre dispose d’un pouvoir sans égal dans l’ordre de la nature – pouvoir qui lui permet de causer des changements dans le monde sans avoir eux-mêmes une cause. Autrement dit, l’agent en question, équipé du libre arbitre, se soustrait à l’ordre de la nature.

Est-ce possible ?

  • Le défi des neurosciences

Au cours des siècles, et depuis Galilée, la science a infligé à l’humanité ce que Freud[5] , a appelé « trois blessures narcissiques » : 1/ Que la terre n’est pas au centre de l’univers, 2/ que l’homme est un animal comme les autres et enfin 3/ que le « Moi » n’est pas maître chez lui. Aujourd’hui les neurosciences pourraient bien nous en administrer une quatrième : que le libre arbitre est une illusion !

Le défi que pose la recherche neuroscientifique au libre arbitre n’est pas qu’elle prouverait l’existence d’un lien entre le fonctionnement du cerveau et la prise de décision[6] mais que la décision elle-même serait déjà prise de façon non consciente par notre cerveau. Nous prendrions conscience de notre intention d’agir seulement après le travail entièrement effectué par notre machine cérébrale. C’est inquiétant car nous estimons que prendre une décision librement dépend de la conscience que nous avons de notre intention de décider. En effet, si toutes nos décisions ne sont pas prises consciemment alors il nous semble que ce n’est pas nous qui décidons. Cependant, il se pourrait bien que ce que nous appelons une décision consciente ne soit au fond que le résultat d’une chaîne de réactions causales dans un espace soumis au déterminisme. Trois expériences correspondant à trois strates de l’investigation neuroscientifique tentent de soutenir cette idée.

  • Benjamin Libet (électroencéphalogramme)

Benjamin Libet, de l’Université de Californie est, en 1983, le pionnier d’une série d’expériences qui montrèrent que les personnes deviennent conscientes après que la décision est prise dans leur cerveau[7]. Son innovation consistait à mesurer le temps, au moyen de l’électroencéphalogramme, des expériences de conscience corrélées avec des événements dans le cerveau.

Il s’agissait pour le sujet d’appuyer sur un bouton quand il le décidait. Regardant une horloge, il renseignait alors l’expérimentateur de sa décision et ensuite pressait le bouton. Des électrodes placées sur son cuir chevelu mesuraient l’activité électrique de certaines zones du cerveau enregistrée sur un tracé graphique.

Ce que révéla le dispositif c’est que 350 millisecondes avant la décision consciente du sujet une activité neuronale se produisait. Tout commençait par le cortex frontal qui recevait une instruction allant activer, afin de préparer le mouvement, une autre partie du cerveau, le cortex pariétal. Celui-ci transférait ces données de mouvement au cortex moteur. Et c’est à ce moment-là que l’électroencéphalogramme enregistrait une activité dans le cortex moteur mais le sujet n’en aura conscience que 350 millisecondes plus tard, lorsque le cortex moteur aura été suffisamment activé en répercutant une information au cortex frontal[8].

350 millisecondes c’est peu, certes, mais décisif. En effet, depuis, l’expérience a été reproduite par de nombreux expérimentateurs accentuant à chaque fois le résultat de Libet[9]. Et ce résultat montre que le cerveau a besoin d’une période d’activation avant que nous puissions avoir une intention consciente. Autrement dit, notre intention d’agir débute sous forme d’activation de certaines zones du cerveau, avant même que nous ayons conscience de notre volonté d’agir. Ainsi, l’hypothèse déterministe semble se confirmer, à savoir que chacune de nos décisions est le résultat d’un processus physique complètement déterminé par d’autres processus physiques antérieurs. Mais En 2007, John-Dylan Haynes de Berlin fit, en usant d’une autre méthode d’investigation, une expérience non seulement liée au potentiel de préparation précédant la décision consciente mais au choix lui-même.

  • John-Dylan Haynes (IRMf)

L’expérience utilisant l’IRM fonctionnelle[10] à laquelle procéda John-Dylan Haynes de Berlin mettait donc en jeu un choix. Il s’agissait pour le sujet d’appuyer librement sur un bouton actionné par l’index droit et un autre par l’index gauche[11]. La libre décision, ici réduite à une simple pression sur un bouton, permettait de rendre visible les modèles d’activité de notre cerveau[12]. En effet, lorsque le sujet choisit la droite ou la gauche prioritairement à la décision consciente, deux régions du cerveau sont encodées.

L’intérêt de cette approche c’est qu’elle permettait de mener l’enquête plusieurs secondes avant la prise de décision. Et les résultats furent des plus surprenants ! Ils montrèrent, en effet, que les zones du cerveau concernées entraient en activité plus de 7 secondes avant toute prise de conscience. L’expérience dévoilait donc que dans le cas de certaines décisions, leur préparation s’effectue beaucoup plus longtemps, en amont, qu’on ne le pensait.  Quant à la détection de la décision prise par le sujet d’appuyer sur le bouton droit ou le bouton gauche, elle ne pouvait être faite qu’avec un résultat de 60 pour cent. Un ratio exprimant, à ce stade de l’enquête une prédictibilité relative (50 pour cent étant équivalent à du hasard) voire une certaine imprédictibilité – qu’il serait toutefois bien imprudent de confondre avec de l’indéterminisme, que l’on peut définir comme l’absence de circonstances causales. En effet, le fonctionnement des neurones est soumis à la causalité et le neuroscientifique usant d’un déterminisme méthodologique suppose donc une observance aux lois mais d’où ne découle pas nécessairement la capacité de prédire. Ce qui n’empêche donc pas la conclusion que ce que l’on appelle une décision consciente, que nous interprétons naturellement comme une cause, soit montrée par le moyen de l’IRMf comme un effet. Néanmoins certains chercheurs sont allés encore plus loin.

  • Itzhak Fried (activité de neurones isolés)

Après l’électro encéphalogramme de Libet, l’imagerie fonctionnelle de Haynes, Itzhak Fried a plongé le « scalpel » de l’investigation au niveau des neurones[13]. Pouvoir enregistrer l’activité de neurones isolés permet en effet aux chercheurs d’avoir une vue nettement plus précise de l’activité cérébrale qu’avec un électroencéphalogramme ou en utilisant l’IRM fonctionnelle.

C’est ainsi, qu’en 2011, Itzhak Fried, sur des sujets souffrant d’épilepsie que l’on ne pouvait pas traiter avec la médication pharmaceutique habituelle, a implanté des électrodes afin de localiser le foyer des débuts de crise. Les expériences de Fried reprenaient le protocole de Libet : un cadran d’horloge analogique représenté sur un ordinateur, les sujets devaient, lorsqu’ils en avaient envie, c’est-à-dire de leur propre initiative, appuyer sur une touche du clavier. Les résultats de Fried, en s’approchant du foyer spécifique des neurones, détectèrent une activité d’environ 1.5 seconde avant que le sujet ne prenne la décision consciente d’appuyer sur une touche. Les chercheurs étaient ainsi capables de prédire l’activité du sujet avec plus de 80 % de certitude et environ 700 millisecondes par avance sur le sujet lui-même.

  • L’argument sous-jacent des neurosciences

Explicitement formulé ou non, nombre de neuroscientifiques usent d’un argument – dont l’une des prémisses est tirée de ces expériences – que l’on peut énoncer ainsi[14] :

 

1. Une action n’est libre que si elle résulte d’une décision prise sciemment pour l’exécuter. [Condition du libre arbitre]

2. Les décisions que prennent les personnes sont déjà prises non-consciemment avant qu’elles n’émergent à la conscience. [Résultats d’expériences neuroscientifiques]

3. Il est donc probable que les personnes ne prennent jamais la décision consciente de faire une action.

4. En conséquence : il n’y a probablement pas de libre arbitre.

 

La seconde prémisse justifiée par ces expériences montre qu’à un certain moment un ensemble de phénomènes prédéterminés s’introduit dans ce qui va constituer l’état de la décision consciente. Mais pourquoi devrions-nous penser qu’une décision soit constituée quand le signal électrique commence, plutôt que quelques centièmes plus tard ? s’interroge Alfred Mele[15]. Peut-être que l’évènement dans le cerveau enregistré au cours de l’expérience est un processus qui pourrait – ou ne pourrait pas – entraîner une décision un peu plus tard. Ce qui est sûr c’est que nous ne sommes pas encore conscient d’une décision tant que nous ne l’avons pas prise.

Toutefois, la faiblesse principale des expériences de type « Libet » c’est qu’elles n’ont rien à voir avec ce qui se passe dans la vie réelle. Dans ces expériences, il n’y a aucune raison particulière d’appuyer ou non sur le bouton ou de préférer un moment à un autre. Aussi, le sujet a tendance à éviter de penser et à suivre sa spontanéité et de signaler son « maintenant » de la façon la plus aléatoire. C’est un peu comme si vous preniez un bulletin de vote au hasard parmi la dizaine de candidats à une élection, comme si la couleur politique ne comptait pas mais qu’il fallait seulement choisir un bulletin à introduire dans l’urne. Reconnaissons que ce geste-là n’a rien à voir avec l’idée que l’on se fait du libre arbitre. Choisir un bulletin de vote est un acte intentionnel que nous effectuons librement après délibération et pour un grand nombre de raisons et en cela, il ne ressemble en rien aux expériences de laboratoire.

Alors que mesure-t-on précisément dans ce type d’expériences ?

Chez Libet, on enregistre une activité électrique dans certaines zones du cerveau ; chez Haynes, on détecte des variations d’oxygénation et de flux sanguin liées à l’activité neuronale ; chez Fried, on enregistre l’activité d’un groupe de neurones. Dans ces trois cas on tente de construire un lien entre les propriétés physiques d’une partie d’un cerveau et le comportement d’une personne humaine qui décrit ses états mentaux. Pour le dire autrement, ce que l’on observe est interprété comme des causes physiques d’états psychologiques. En effet, une intention est précédée par quelque chose mais ce quelque chose n’est pas encore l’intention elle-même ! D’ailleurs une intention réalisée n’est pas quelque chose que l’on voit dans un cerveau. Pour le dire autrement, le corrélat d’une intention consciente n’est pas une intention consciente. Une intention consciente suppose une activité cérébrale. L’activation neuronale détectée par une machine et interprétée par un neuroscientifique rend possible cette intention qui se porte sur une chose qui n’est pas le cerveau. Par conséquent l’intention n’est pas dans des neurones et l’enquête neuroscientifique qui découvre l’existence d’une activité sous-jacente à nos états de conscience ne peut venir menacer le travail de décision de ce que l’on appelle une intention consciente. En effet, l’activité de la science consiste à faire des hypothèses, à les tester et à renforcer ou non des théories qui permettront de faire des prédictions. Comme l’écrit Stanislas Dehaene, à propos de l’accès à la conscience, le travail du scientifique « consiste à identifier des corrélats neuronaux objectifs des processus subjectifs accessibles à l’introspection consciente[16]. »

Si on ne peut guère contester que ce sont bien ces corrélats neuronaux qui font le travail causal entraînant la prise de décision qui produira un mouvement, ce que l’on appelle une prise de décision n’est pas un phénomène de type physique. Le corrélat d’une décision pourrait avoir été causé par une série d’activités neuronales, corrélats eux-mêmes d’une délibération ou d’une émotion particulière générant un mouvement de la main. Mais une telle description qui élimine les termes mentaux n’élimine ni l’intention, ni la décision et ne permet pas d’éliminer le libre arbitre. En effet, l’observation d’un corrélat neuronal est le résultat d’une mesure en troisième personne ; la prise de décision, quant à elle, se fait en première personne. En conséquence, la détection d’un corrélat neuronal d’un état de conscience ne peut conduire à éliminer le libre arbitre. La seconde prémisse de l’argument qui soutient que « Les décisions que prennent les personnes sont déjà prises non-consciemment avant qu’elles n’émergent à la conscience » devient donc très contestable, car si le pouvoir causal d’une « neuro-décision » est identique à celui d’une décision consciente, cette dernière n’est pas d’un type physique.

Une telle conclusion pourrait bien amener certains philosophes à balayer d’un revers de main ce genre d’expériences[17]. Mais devons-nous soutenir cette attitude ? Peut-on trouver une bonne raison de penser qu’une thèse philosophique puisse se développer contre les avancées de la science ?

  • La science et la philosophie sont dans le même bateau

C’est vrai qu’aucune science, même la plus mature, ni aucune expérience, même la plus profonde, ne pourront jamais nous dire, en tant que science, si le libre arbitre est ou n’est pas une illusion. De la même manière qu’aucune science ne pourra démontrer la vérité ou non du déterminisme ou de l’indéterminisme. Les expériences de Libet, Haynes ou Fried ne peuvent démontrer que nous vivons dans un univers entièrement déterministe car le déterminisme métaphysique réclame une solution métaphysique. Cependant, les questions philosophiques surgissent au cœur des activités quotidiennes et scientifiques et ce serait une erreur fondamentale d’imaginer qu’elles doivent se recroqueviller sur elles-mêmes à l’intérieur du seul champ philosophique. La philosophie a partie liée avec les concepts que nous utilisons pour décrire et expliquer le monde – et les concepts ne sont pas gravés dans le marbre. Ils sont vivants, peuvent évoluer et s’adapter.

La question maintenant se pose de savoir comment les deux domaines peuvent faire évoluer le problème.

Si le libre arbitre est le pouvoir d’être capable de faire autre chose que ce que l’on s’apprête à faire alors une telle idée s’oppose au déterminisme. Mais toutes les expériences neuroscientifiques, nous l’avons vu, sont encloses à l’intérieur d’une idée directrice : le déterminisme méthodologique. Tous les résultats de ces expériences montrent que les décisions se construisent en amont dans le cerveau mais jusqu’à présent aucun modèle n’a pu écarter une certaine forme d’indétermination. C’est que des changements infinitésimaux des conditions initiales à l’intérieur d’un système déterministe peuvent faire diverger radicalement son comportement. C’est ainsi qu’à l’intérieur du déterminisme méthodologique, les neurosciences ne peuvent décider si ce trait d’imprévisibilité est dû à un déterminisme complexe ou à un processus indéterministe fondamental qui rendrait impossible toute prédiction. Néanmoins, lorsque nous nous posons la question de savoir comment nous pouvons faire un choix soit il s’agit d’un accident dans un univers fondamentalement indéterministe, soit ce n’est pas un accident et je choisis vraiment de faire une chose plutôt qu’une autre. Alors dans ce dernier cas, il y a vraisemblablement une explication causale de mon choix et nous sommes ramenés vers le déterminisme. Autrement dit, lorsque nous faisons un choix nous sommes soumis dans l’espace et le temps au principe de causalité. En effet, d’où pourrait bien provenir le contrôle de l’action d’un agent s’il ne se produisait pas dans l’espace et le temps ?

Mais cette conception d’un libre arbitre absolu est-elle encore d’actualité ?

Il se pourrait que les neuroscientifiques, qui affirment que le libre arbitre n’existe pas, visent une notion qui n’a peut-être plus court aujourd’hui. Ce libre arbitre, issu de la tradition religieuse[18] qui est un état dans lequel vous êtes devant des possibilités vraiment alternatives. Un état où vous êtes capable de mettre entre parenthèses, sentiments et pensées, environnement et état de votre cerveau ; un état qui vous hisse à une position telle que vous avez le pouvoir de faire autrement ce que vous vous apprêtiez à faire… Ce libre arbitre là, qui est peut-être celui qu’évoquait Jean-Paul Sartre qui affirmait que le destin est entre nos mains et que nous sommes condamnés à être libres[19]. Certes, c’est vraiment impressionnant mais n’est-on pas en droit de se demander ce que cela veut dire ?

C’est ici, dans l’espace de la signification que l’on donne à ce concept de libre arbitre, que les philosophes s’affrontent.

Le débat actuel en philosophie sur le libre arbitre s’établit principalement entre deux positions :

1/ Un point de vue qui cherche à montrer que le déterminisme est faux et que l’on doit construire sur une hypothèse indéterministe une notion de décision qui ne relève pas du hasard. C’est la définition du libre arbitre dans sa forme que l’on peut qualifier de pure. La liberté ici ne se négocie pas. Si elle existe, alors le déterminisme est faux. C’est le libertarianisme.

2/ Un point de vue qui cherche à accorder – à rendre compatibles – les termes de « libre » et de « déterminé ». L’accent est mis sur la volonté qui est un pouvoir que l’on possède même si le déterminisme est vrai. Les choix que nous faisons et qui sont en conformité avec nos souhaits sont dits « libres » dans un univers déterministe. C’est le compatibilisme.

Ce qui unit ces deux points de vue c’est justement la défense de la notion de « libre choix » comme action volontaire pour les uns (compatibilistes), avec en plus, pour les autres (libertariens), une rupture incompatible avec la causalité ordinaire en faisant intervenir le pouvoir d’une entité, en général le « moi ». C’est donc autour d’une même croyance que la bataille des arguments se poursuit depuis des siècles de Hume (compatibiliste) à Sartre (incompatibiliste), en passant par Kant (incompatibiliste d’un genre particulier).

Quant à la science au travail, elle considère que les êtres humains sont des « choses » du monde et elle ne voit pas pourquoi ces « choses » seraient soumises à des règles différentes des autres choses de la nature. Au fondement du déterminisme méthodologique on trouve donc l’idée que lorsqu’un événement se produit, il a dû être précédé par d’autres événements et qu’aucun phénomène ne peut faire exception à ce principe. Reste néanmoins le problème de prédictibilité qui constitue pour les indéterministes une niche féconde pour articuler leurs arguments. En revanche pour la science, s’il existe un fait de liberté, celui-ci se détache du fait précédent. Et pour elle – et, on peut imaginer pour le sens commun[20] –, c’est incompréhensible ! Autrement dit, parce que nous ne pouvons pas nous extraire de la causalité, les expériences de neurosciences montrent que la décision consciente est un effet de l’activité du cerveau plutôt que sa cause et cela semble bien sonner le tocsin du libre arbitre conçu comme origine dans le « moi » ou dans une autre entité.

De ces considérations nous pouvons dire que le débat sur le « libre arbitre » façon libertarien durera tant que les neurosciences produiront des résultats probabilistes laissant ainsi la porte ouverte à l’hypothèse métaphysique d’un univers indéterministe. Et en ce qui concerne la version compatibiliste, la compréhension de l’action « libre » comme volonté qui ne va pas à l’encontre d’un désir, perpétuera la trajectoire argumentative de recherche d’un espace « certes microscopique, infime, pour la liberté[21] ».

  • Pour conclure : que faire du libre arbitre ?

Dans la revue Nature[22], J-D Haynes évoque le souvenir d’une pensée puissante et soudaine qui un jour l’a saisi : « J’ai eu cette vision démesurée que l’univers était entièrement déterministe, moi-même et ma place y compris dans cet univers et tous ces différents moments où nous croyons que nous prenons des décisions alors que tout cela reflète seulement l’existence d’un flux causal. »  Mais très vite, ajoute Haynes, cette image d’un monde sans libre arbitre m’était insupportable. Et il ajoute que « Dès que vous commencez à interpréter le comportement des personnes au quotidien, il est pratiquement impossible de maintenir cette vision déterministe. » Dans ce même article, on rapporte les mots de I. Fried qui insiste, lui, pour dire que même lorsque l’on travaille sur le cerveau et que l’expérience nous le confirme, le déterminisme n’est pas ce qui nous anime.

Alors que faire de cette apparente contradiction ?

Manifestement si l’on accepte le déterminisme, voire si l’on produit un argument philosophique qui nous donne de fortes raisons d’y adhérer, un hiatus persiste entre cette adhésion et l’impression irréductible du contrôle de nos actes. Or le sentiment de libre arbitre nous procure une impression d’harmonie entre nos actes et notre pensée. Devons-nous alors rester cohérent avec le déterminisme même lorsque l’on est convaincu de sa vérité ? Deux pôles ici s’opposent : (a) Avoir le sentiment que l’on demeure le maître de son existence et (b) le fait d’être une séquence causale. Et c’est contradictoire.  Les neurosciences pourraient bien nous montrer la vérité de (b) et nous abandonner l’irrésistible sentiment de liberté qui accompagne nos prises de décision.

La thèse du déterminisme est le résultat d’une inférence bâtie sur des principes métaphysiques comme le principe de raisons suffisante ou encore le principe de causalité. Elle rend intelligible nombre de phénomènes que l’on observe et qui plus est, nous permet de faire des prédictions. Or, un principe métaphysique n’est pas de la même catégorie qu’un sentiment que l’on éprouve en première personne, comme celui du libre arbitre. Si les neuroscientifiques me démontrent que ma décision est une séquence causale où mieux s’ils me font observer en direct le travail causal de mes neurones à l’imagerie au moment précis où je prends librement une décision, l’événement mental de me sentir libre pourrait bien résister encore à ces données. En effet, la quasi infaillibilité du sentiment du contrôle de nos actes librement effectués n’a peut-être pas le statut d’une illusion du genre Müller-Lyer – pas plus qu’il ne serait une sorte d’aveuglement. Dans sa célèbre lettre à Schuller, Spinoza parlant de la pierre lancée – qui, devenue consciente, se croit libre de vouloir se mouvoir tant qu’elle avance –, évoquait, comme certains neurobiologistes aujourd’hui l’ignorance des causes qui les déterminent. Aujourd’hui les neurosciences découvrent la nature physique de la décision consciente qui advient avant même qu’elle émerge à notre esprit, mais ils n’expliquent pas l’émergence de ce sentiment. Doit-on en conclure que celui-ci n’a pas de réalité[23] ? Car plus qu’un sentiment, le libre arbitre est une croyance[24]. C’est vrai que mon existence, pour laquelle j’aime revendiquer que j’en suis maître, apparaît contradictoire avec le fait d’être une séquence causale. C’est un paradoxe. Mais c’est bien à cette croyance, un peu extravagante au regard du déterminisme, que néanmoins je dois le sens de mon existence.

Références

[1] On ne confond pas ici le déterminisme avec le fatalisme, qui nie toute causalité ou encore le nécessitarisme qui affirme que les phénomènes se produisent nécessairement en vertu du principe de causalité.

[2] Ted Honderich, dans son ouvrage, How Free Are You ? The Determinism Problem, OUP, 2002, trad. française N. D. Renaud et E. Guinet, Syllepse, Etes-vous libre ? Le problème du déterminisme, 2009, p. 90-91, tente de lister les choses qui ne sont pas des effets. On y trouve pêle-mêle : « Les faits qui dépendent des observateurs ; les idées subjectives ; les concepts idéels ; le contenu que nous avons de la réalité ; les propositions ; les probabilités ; les caractéristiques de calcul ; les objets mathématiques ; les phénomènes statistiques ; les objets abstraits, les ondes dans l’espace mathématique abstrait ; les entités théoriques sans réalité empirique ; les constructions abstraites de l’imagination ; et enfin les objets sur lesquels les déclarations qu’on peut faire ne sont ni vraies ni fausses. »

[3] Comme l’affirme Descartes : « … notre liberté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons », Principes de la philosophie, I, 39.

[4] The Intentional Stance, MIT Press, Cambridge, 1987, trad. française P. Engel, La stratégie de l’interprète, Paris, Gallimard, 1990.

[5] « Eine Schwierigkeit der Psychoanalyse », 1917, trad. française B. Féron, « Une difficulté de la psychanalyse », dans L’inquiétante étrangeté et autres essais, Folio essais Gallimard, 1985.

[6] Lien discuté à l’intérieur du champ de la philosophie de l’esprit à travers la question de la relation du corps et de l’esprit (Mind-body Problem)

[7] Libet, B. et al. « Time of conscious intention to act in relation to onset of cerebral activity (readiness-potential). The unconscious initiation of a freely voluntary act », Brain 106, p. 623–642, 1983.

[8] Il faut préciser que Libet – qui soutient une forme de dualisme – reconnaît que les décisions sont initiées par des processus inconscients, mais qu’il existe une possibilité de les bloquer. Ce « veto » relève de la pure intention consciente et n’est donc pas déterminé par les processus cérébraux !

[9] « Conscious intention and motor cognition », TRENDS in Cognitive Sciences Volume 9, n°6, 2005 ; « Human volition: towards a neuroscience of will », Nature volume 9, décembre 2008. En France, Angela Sirigu a soumis à cette expérience des patients présentant des lésions cérébrales et a enregistré un potentiel de préparation qui s’activait bien avant la décision consciente.

[10] La technique de l’Imagerie par résonnance Magnétique (IRM) est fonctionnelle ou anatomique. L’IRM anatomique, est une image à l’instant t. L’IRM fonctionnelle, qui n’est plus ou moins qu’une IRM anatomique avec une succession d’images au cours du temps (établi toutes les x secondes). Son utilisation consiste à associer une tâche cognitive avec un signal mesuré.

[11] Soon CS, Brass M, Heinze HJ, Haynes JD, « Unconscious determinants of free decisions in the human brain » Nature Neuroscience 11, p. 543–545, 2008 ; Tracking the Unconscious Generation of Free Decisions Using UItra-High Field fMRI, PLoS One, 2011.

[12] Notons tout de même que malgré la simplicité de la « décision libre » du sujet, la pression d’un bouton fait déjà s’activer des millions de cellules nerveuses.

[13] « Internally Generated Preactivation of Single Neurons in Human Medial Frontal Cortex Predicts Volition », Neuron 69, p. 548 – 562, 10, 2011.

[14] « Neuroscience vs philosophy: Taking aim at free will », Nature, 2011 ; Sam Harris, Free Will, Free Press, 2012 ; Patrick Haggard, « Brain correlates of subjective freedom of choice », Consciousness and Cognition, 22 (4), p. 1271 – 1284 ; « Le libre arbitre n’existe pas », Le Temps, 2012.

[15] Free, Why Science Hasn’t Disproved Free Will, OUP, 2014, p. 12.

[16]«  Psychologie cognitive expérimentale » Cours du Collège de France, 2009 – 2010, p. 3.

[17] Dans la conclusion de l’entrée « Libre arbitre » de l’encyclopédie philosophique en ligne, le rédacteur n’hésite pas à parler à propos des expériences en neurosciences de « prétendues réfutations [qui] reçoivent peu de crédit parmi les philosophes spécialistes de la question ». On peut aussi feuilleter le dernier livre de Marcus Gabriel, Pourquoi je ne suis pas mon cerveau, JC Lattès, 2017, qui soutient une position compatibiliste contre ce qu’il nomme le « neurocentrisme » des chercheurs en neurosciences.

[18] La notion de libre arbitre est née avec le théologien Augustin d’Hippone – saint Augustin – au IIIème siècle dans son De libero arbitrio, 388, où il développe une réponse à l’argument du mal.

[19] Dans son livre L’existentialisme est un humanisme.

[20] Pour se faire une idée de la relation entre les intuitions du sens commun et les thèses en présence, voir l’ouvrage La philosophie expérimentale, de Florian Cova et al., Vuibert, 2012, p.191 – 258.

[21] Sacha Bourgeois-Gironde, Actes du séminaire « Perspectives scientifiques et légales sur l’utilisation des sciences du cerveau dans le cadre des procédures judiciaires », Centre d’analyse stratégique, 2009, p. 14.

[22] « Neuroscience vs philosophy: Taking aim at free will », Nature 477, 2011.

[23] Voir L. A. Leotti, S. S. Iyengar, & K. N. Ochsner, « Born to Choose: The Origins and Value of the Need for Control », Trends in Cognitive Sciences, vol. 14, n° 10, 2010, p. 457-463. Article dans lequel les auteurs soutiennent le point de vue que la perception de contrôle est probablement une nécessité biologique et que cette disposition serait à l’origine de notre croyance dans le libre arbitre. Pour une synthèse des positions autour d’une conception du « libre arbitre » à l’intérieur des sciences cognitives voir l’article de Jordane Boudesseul dans Implications Philosophiques, « Libre arbitre : de la philosophie aux sciences cognitives »

[24] Pour certains philosophes, les illusions sont des sortes de croyances alors que pour d’autres, n’occupant les caractéristiques du rôle fonctionnel, elles ne peuvent l’être. Pour plus de précisions on peut consulter dans la Stanford Encyclopedia l’entrée « Delusion » § 42 « Are delusions beliefs ? ».

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