Le cerveau du professeur Dehaene

Lors d’une présentation de son ouvrage Le code la conscience, le psychologue cognitiviste et neuroscientifique Stanislas Dehaene déclarait « Je suis mon cerveau ! »

Si la formule possède l’avantage saisissant de régler la question métaphysique de notre nature humaine, autrement dit de répondre à la question « Que sommes-nous ? », on peut toutefois se demander ce qu’elle peut bien signifier. Ce que d’emblée l’on peut comprendre c’est que tout ce que nous faisons, pensons, ressentons, serait subordonné, qu’on le veuille ou non, à cet énoncé radical. Il nous faudrait donc admettre que notre conscience, notre personne, l’idée que nous nous faisons de notre moi, bref ce que nous sommes au sens le plus fondamental est notre cerveau.

Stanislas Dehaene ne parle pas à la légère. Son énoncé n’est pas d’un genre qu’aurait pu produire un « philosophe en fauteuil » tentant de justifier son dire par quelque raisonnement a priori. Non ! Toutes les découvertes dans le domaine des neurosciences semblent bien toutes vouloir soutenir son propos ; mais est-ce vraisemblable ?

*

Lorsque Stanislas Dehaene affirme qu’il est son cerveau et que l’on prend son propos à la lettre, il pèse alors environ 1.5 kg et ne mesure que quelques centimètres. Situé dans un crâne, le professeur Dehaene serait donc composé d’une matière blanchâtre légèrement rosie mais toujours, strictement parlant, personne ne l’aurait jamais vu. En effet, lorsque le professeur apparaît dans une assemblée, nous voyons un homme d’environ 1,80 m et qui manifestement ne pèse pas 1.5 kg. En fait, ce que sous-entend le professeur Dehaene c’est qu’il a un corps et qu’en disant qu’il est son cerveau, il veut signifier comme le ferait une personne qui croit qu’elle est essentiellement une âme immatérielle, qu’il a un corps visible. C’est que concrètement, lorsqu’une personne affirme être une âme immatérielle et qu’elle se regarde dans un miroir, comme le fait celui qui affirme être un cerveau, il ne voit qu’un animal humain. Ainsi, même s’il est un cerveau, il est franchement insensé de dire que le professeur Dehaene ne mesure que quelques centimètres. Donc pour penser que nous sommes des cerveaux, il faut argumenter de façon plutôt subtile pour ne pas dire alambiquée. C’est qu’à première vue, il s’agit d’une thèse vraiment absurde à propos de ce que nous sommes et qui se combine avec la signification d’un énoncé difficilement concevable.

Pour soutenir la thèse que nous sommes des cerveaux, on peut probablement se dire que le cerveau représente la frontière somatique de notre personne. Autrement dit, alors que nous pouvons survivre à la perte d’un bras ou d’une jambe, la destruction de notre cerveau nous ferait bel et bien disparaître. Cependant, question survie, on pourrait en dire tout autant de notre cœur ou de notre foie. Mais l’énoncé que l’on entend n’est pas « Je suis mon cœur ou mon foie » mais « mon cerveau ». C’est que, dans la ligne du « Je pense donc je suis » de Descartes[1], Stanislas Dehaene parle de « l’organe » de la pensée qu’est le cerveau – car personne ne songe à faire du foie ou du cœur le siège de la pensée – et affirme : « Je pense donc je suis… mon cerveau ».

On se rappelle que le médecin Cabanis disait que « le cerveau digère en quelque sorte les impressions ; qu’il fait organiquement la sécrétion de la pensée[2] », en d’autres termes que la fonction du cerveau est la pensée comme celle du cœur est de pomper le sang. Partant, non seulement il se produit quelque chose dans le cerveau quand je pense, mais ce serait donc bien le cerveau au sens strict qui penserait ; le cerveau seul qui aurait la propriété de penser. Ainsi, lorsque Stanislas Dehaene déclare « ‘je’ suis mon cerveau », le « je » en question, c’est-à-dire le « moi » ne se reporte donc qu’à une partie de l’être qui prononce ces mots : le cerveau. Celui qui pense c’est bien moi et la chose qui pense c’est mon cerveau. Par conséquent, « je suis bien mon cerveau. »

On pourrait tenter d’objecter que le « je » en question auquel se réfère Stanislas Dehaene n’est pas son corps ou plus précisément une partie de son corps.

G. E. M. Anscombe dans son essai « The First Person »[3] soutient que lorsque nous utilisons le terme « Je » ce n’est pas réellement pour nous reporter à un objet, pas plus à une âme qu’à un corps ou une partie du corps. E. J. Lowe, dans une veine similaire[4], défend l’idée que bien que nous ayons besoin d’un cerveau pour avoir des états mentaux, ou pour le dire autrement, que chacun de nos états mentaux dépend de notre cerveau, il ne s’ensuit pas qu’être le sujet de nos états mentaux fait de nous un cerveau.

Mais nous pouvons mettre entre parenthèses les arguments d’Anscombe et de Lowe qui au fond nous détournent de l’enquête métaphysique. En effet, lorsque le professeur Dehaene stipule qu’il est son cerveau, le « je » en question se réfère à l’être même qui prononce cette phrase. C’est que l’on questionne ici, la sorte d’être qui pense, autrement dit, le sujet de nos états mentaux – en supposant que je suis le sujet de mes états mentaux – et non l’usage de la référence du pronom « je » et on se demande s’il s’agit d’un cerveau.  

De la sorte, si c’est le cerveau du professeur Dehaene qui pense, alors tout autre chose que son cerveau, à savoir l’organisme qui a pour nom « Stanislas Dehaene », ne serait un penseur qu’en un sens dérivé. Mais quel sens cela a-t-il de dire que c’est seulement une partie du professeur Dehaene qui pense ? Quand il se blesse au doigt, est-il seulement blessé en un sens dérivé ? Non ! C’est bien lui qui est blessé et pas seulement une partie de lui ! Ainsi, peut-être que lorsque Stanislas Dehaene pense, son cerveau et l’ensemble de sa personne pensent tous les deux au sens le plus strict. Si c’est le cas, alors le fait que son cerveau pense ne justifie pas qu’il soit son cerveau. Il n’empêche que cette conclusion ne nous donne pas pour autant une bonne raison de croire que Stanislas Dehaene, qui serait autre chose que son cerveau, pense ses pensées plutôt que son cerveau.

Néanmoins, lorsqu’il déclare qu’il est son cerveau, il veut dire qu’une partie seulement de ce qui le constitue, pense. Il est vrai que certaines parties nous constituant ne semblent pas directement impliquées dans l’acte de penser – nos pieds ou nos doigts par exemple. Or, n’y a-t-il pas aussi seulement quelque partie de mon cerveau qui pense ? On sait que penser ou faire des expériences sensibles a un lien avec l’électrochimie du cerveau. Bien qu’il soit difficile de marquer avec précision ce qui est impliqué dans la pensée, une des tâches des chercheurs en neurosciences consiste à créer un véritable atlas des fonctions cognitives du cerveau. On pourrait peut-être alors chercher à isoler seulement la partie pensante de mon cerveau et affirmer que c’est cette partie qui pense. Mais serait-il bien fondé de soutenir qu’une partie de notre cerveau est le penseur de nos pensées ? Il n’empêche qu’une grande partie de ce qui se passe dans un cerveau n’a pas vraiment à voir avec la pensée. En revanche, une grande partie de ce qui se passe en dehors du cerveau a à voir avec la pensée. On peut alors se demander si vouloir tracer une frontière à l’intérieur de l’organisme ne relève pas de l’arbitraire ? Ce qui en revanche n’est pas arbitraire c’est que l’organisme, lui, possède bien une frontière. Nous pourrions de ce fait plus facilement soutenir que c’est l’organisme qui pense plutôt que le cerveau.

On peut éventuellement se demander si on a besoin d’autre chose qu’un cerveau en bon état pour penser. Maintenu en vie dans une cuve[5], le cerveau pourrait être considéré comme une espèce d’organisme en réduction. Cependant, dire que l’on est son cerveau n’est sans doute pas dire que l’on est un cerveau détaché dans une cuve. Ce que peut vouloir dire Stanislas Dehaene, c’est qu’il est son cerveau mais que son cerveau n’est pas un organisme et cela pose la question de savoir si la pensée est une propriété strictement biologique.

Lors de la présentation de son livre, Stanislas Dehaene précisait que « chacun de nos états mentaux, les plus intimes, même les plus émouvants sont le résultat de calculs de notre cerveau ». Peut-on traduire cette proposition par l’idée que ce n’est pas le cerveau en tant qu’organe qui compte mais son fonctionnement computationnel ? Manifestement, Stanislas Dehaene répond affirmativement à cette question et cela induit qu’il soutient l’idée que des choses qui ne seraient pas des organismes pourraient penser, que des intelligences non biologiques pourraient penser au sens strict – comme nous pensons. À contrario, si c’est exclusivement l’organisme du professeur Dehaene qui pense – son organisme pris comme un tout, cerveau compris ! – c’est tout le projet de la pensée artificielle qui s’écroule. Nous pouvons douter que le professeur Dehaene soutienne une chose pareille.

Pour résumer, l’énoncé « Je suis mon cerveau » nous conduit à interpréter cette formule comme soutenant une théorie selon laquelle nous serions des cerveaux attachés à un organisme. Or, dans la mesure où le cerveau se distingue fondamentalement de l’organisme auquel il est attaché par son fonctionnement, ce que nous sommes est différent de notre organisme. Ainsi, en vertu de cette distinction, l’idée de transplantation de cerveau devient métaphysiquement possible car elle s’accompagne du sentiment que là où va notre cerveau, nous allons aussi[6]. De plus, au nom de cette distinction à l’intérieur de l’organisme qui nous constitue, nous serions des sortes de machines à encoder de l’information, autrement dit des sortes d’ordinateurs. N’est-ce pas un peu trop ? S’il est déjà peu vraisemblable, voire qu’il s’agit d’une décision arbitraire que nous soyons des cerveaux, il est pour le moins extravagant que nous soyons des machines computationnelles[7].


Références

[1] L’interprétation que fait Stanislas Dehaene de Descartes est franchement orientée dans sa direction. On peut lire dans son introduction au Code de la conscience : «… Descartes était un scientifique visionnaire et, au plus profond, un réductionniste dont les analyses mécanicistes de l’esprit humain, très en avance sur leur temps, peuvent être lues comme le texte fondateur de la biologie synthétique et de la modélisation des réseaux neuronaux. » ;  ou encore dans une note, justifiant son dualisme des substance : « L’insistance de Descartes sur l’immatérialité de l’âme était donc peut-être, au moins en partie, une façade destinée à protéger sa vie – même si sa correspondance suggère que l’autonomie de la pensée humaine lui posait également de réelles difficultés théoriques. » Lorsque Descartes soutient que c’est l’âme qui sent, perçoit, imagine et pense, c’est en vertu de l’existence de deux substances. Il n’est pas certain que le problème posé par Descartes puisse se dissoudre en évoquant le contexte historique de ses travaux. Il se pourrait même que le problème en question n’ait pas beaucoup évolué depuis la controverse entre Hobbes et Descartes.

[2] Pierre-Jean-Georges Cabanis, Rapports du physique et du moral de l’homme, 1802.

[3] Metaphysics and the Philosophy of Mind: Collected Philosophical Papers Volume II, Oxford: Basil Blackwell, 1981.

[4] Personal Agency, The Metaphysics of Mind and Action, Oxford University Press, 2008, p. 95-99.

[5] Les histoires de cerveau dans une cuve constituent des pompes à intuitions restées célèbres en philosophie de l’esprit.

[6] Dans son article, « Pourquoi nous sommes des animaux », Terrain 52, 2009, Eric Olson développe la logique de ce genre d’expérience de pensée dont la paternité revient à John Locke.

[7] Pour un point de vue analytique détaillé de la possibilité que nous soyons des cerveaux, on peut lire le chapitre IV du livre d’Éric Olson Que sommes-nous ? Sur la nature métaphysique des personnes, traduit par B. Gauthier, Ithaque, 2017.

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4 Commentaires

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    • Debra sur 15 novembre 2019 à 23 h 37 min
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    Là, ça m’a fait très plaisir de lire votre position sur les travaux de ce… « chiantifique », comme il m’arrive d’appeler certaines personnes très en vue sur le plan médiatique.
    Quelques commentaires qui seront forcément anecdotiques, j’en suis navrée :
    Quand j’avais 9 ans, et quelques, c’était le tout début de « Star Trek », la première série, qui a vu le jour à une époque où l’homme américain était à deux doigts d’arriver sur la lune, une époque où la télévision était nouvelle, enthousiasmante, où elle attirait les artistes les plus doués pour travailler, et il y avait un épisode où on voyait des… cerveaux dans une cuve, qui étaient manifestement des êtres qui avaient suivi le chemin de M. Dehaene, et qui s’en mordaient les doigts d’être fichtrement intelligents, doués, à la pointe de toutes les technologies, mais incapables de vivre une relation amoureuse, par exemple, parce qu’ils n’étaient plus des corps !…
    On peut dire que cet épisode de « Star Trek » était.. prophétique, je crois.
    Pour le cerveau, encore et toujours :
    Il me semble qu’il y a une foi… religieuse chez les personnes comme M. Dehaene dans le dieu « Intelligence », et ce dieu est comme beaucoup de dieux, pas très miséricordieux, si je puis dire. Ce dieu « intelligence » n’a pas beaucoup de coeur (et je ne parle pas du coeur pompe qu’on trouve dans « Le Discours » de Descartes, là…).
    Je suis soulagée de voir que M. Dehaene reconnait qu’il opère une forme de réductionnisme dans ses analyses (se souvenir que les Pygmées aussi opéraient une forme de réductionnisme, dans le temps, je doute fort qu’ils le fassent encore).
    Je lis au-dessus que Descartes avait conçu un système trinitaire, et non pas binaire (comme le système de M. Dehaene ?), et cela.. sauve Descartes (à mes yeux) du réductionnisme de M. Dehaene.
    Je médite longuement pourquoi un système trinitaire sauve la possibilité de penser, alors qu’un système binaire la coule, et j’en arrive à me dire que c’est en raison, encore une fois, du tiers exclu, à rapprocher de la langue grecque, et son postulat de la différence fondamentale entre le duelle, et l’addition du troisième élément qui fait société.
    Je crois que M. Dehaene a des idées très réductionnistes sur la nature, et l’étendu de la pensée…
    Pour conclure, je n’aime pas les théories de l’Homme qui font de celui-ci un assemblage (une somme ?…) de pièces détachées. C’est la porte ouverte aux supermarchés en tous genres. Le supermarché n’est pas la plus grande réussite de l’homme moderne, je trouve…

    1. Les propos du post sont soutenus par un autre propos qui est celui de Stanislas Dehaene lors d’une conférence. Ce qui est mis en relief est seulement le dépassement (la sortie de route ?) métaphysique d’un énoncé à partir des avancées dans les neurosciences. Je profite de son affirmation, non pour discuter les thèses neurocognitives qu’il présente et qui sont le résultat de recherches formidables, mais pour discuter la thèse métaphysique de notre nature que sa proposition induit. Nul propos contre la science, nulle attaque ad hominem, mais un regard sur la sorte de chose que nous sommes. Autrement dit à quoi faisons-nous référence lorsque nous disons « je ». Peut-être n’y a-t-il pas de réponse à cette question. S. Dehaene en propose une et je m’en sers pour présenter l’arbitraire d’une telle déclaration. Cependant, je ne pense pas que S. Dehaene ait voulu, à un moment ou à un autre, donner une réponse métaphysique à la question « QUE sommes-nous ? »

  1. Non-positon de la conscience : évidence géométrique

    Le registre du savoir qui traite de la question « où se positionne ceci ? » se nomme la « géométrie ».

    Que nous enseigne alors cette géométrie quant à la question de la position éventuelle de « la conscience » ?
    La géométrie subjective des percepts visuels (évènements premiers de ma conscience) est incompatible avec la géométrie objective du monde physique (hypothétique et conventionnel).

    Les objets des percepts visuels ont un recto et pas de verso alors que les objets physiques ont les deux.
    Les objets des percepts visuels n’ont qu’un sens de rotation alors que ceux du monde physique ont deux sens opposés pour leur recto et leur verso.
    La version du cube comme percept visuel a maximum 3 faces avec une focalisation privilégiée à partir d’un point-de-vue subjectif.
    Un cube objectif du monde physique a 6 faces dont aucune n’est privilégiée.
    Etc. Etc.

    Aucun objet ne peut être conjointement un objet a deux faces recto/verso et un objet à une seule face recto.
    Il s’agit bien de deux registres ontologico-géométriques disjoints, sans intersection.
    A partir de ce constat, la logique la plus élémentaire en déduit que les percepts visuels ne peuvent se positionner nulle part dans le monde physique objectif (à supposer qu’il dispose d’une existence en soi, outre sa fonction coercitive sur la conscience), ni dans le cerveau, ni hors du cerveau.

    Les percepts visuels ne sont nulle part !

    D’ailleurs les chercheurs en neurosciences savent que les infos visuelles physiques sont traitées par le cerveau dans des zones éparses … mais qu’il n’existe nulle part dans le cerveau un hypothétique « centre de collecte » de ces infos pour reconstituer après traitement un « percept visuel intégré et synthétique ». Aucune chercheur en neurosciences n’a jamais trouvé dans le cerveau de « percept visuel » : logique, c’est géométriquement impossible ! lapalissade.
    Le cerveau, via son réseau neuronal, ne traite que des informations physiques situées dans le monde physique et ne peut donc traiter lui-même les percepts visuels subjectifs (un cube à 3 faces sans verso), lesquels lui sont hors d’atteinte car non positionnés dans le monde physique.

    La conscience, par contre, peut traiter les infos propres aux percepts visuels subjectifs. Elle peut également comparer la géométrie objective du monde physique avec la géométrie subjective des percepts visuels.
    Elle peut aussi affirmer l’existence subjective des percepts visuels synthétiques intégrés … entités radicalement inexistantes pour le cerveau : non-existence physique cérébrale confirmée par la recherche en neurosciences.

    La conscience ne se positionne donc pas non plus dans le monde physique, ni dans le cerveau, ni en dehors.
    La conscience n’est pas quelque part.

    La conscience n’a d’ailleurs ni forme, ni masse, ni température, ni aucune propriété physique des objets situés dans le monde physique. La position n’est ici qu’une propriété physique parmi d’autres.

    La légende raconte que les écoles grecques antiques de philosophie affichaient à leur fronton cet avertissement : « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre ! ».

    Plutôt que de laisser l’esprit s’égarer en préjugés naïfs, spiritualistes, matérialistes, physicalistes ou autres … avant de chercher à positionner la conscience, il serait de bon ton de relire les antiques légendes grecques … ou plus simplement d’ouvrir un livre de géométrie élémentaire.

    Pour l’anecdote : les percepts visuels multicolores auraient d’autant moins leur place dans la boîte crânienne qu’il y règne une profonde obscurité !

    Les neurosciences en leur stade embryonnaire actuel (voire prochain) n’ont encore que peu de fondements scientifiques, du simple fait que leurs chercheurs et auteurs sont surtout des techniciens, des bricoleurs, plutôt que des scientifiques.
    Leur piètre maîtrise de la géométrie en témoigne (sans parler de leur ignorance plus patente en épistémologie et leur réification compulsive de modèles hypothétiques).

    La farce la plus risible en neurosciences reste l’interprétation aussi abusive qu’ubuesque des travaux de Benjamin Libet, dès 1970, farce qui dure ainsi depuis un demi-siècle.
    Le professeur Libet compare les faits de conscience d’un cobaye (humain volontaire) aux faits neuronaux associés dans le cerveau du même cobaye, du point-de-vue de leur incidence temporelle.
    Après longue cogitation quant à l’antériorité (lors de situations motrices très ciblées et non significatives de la psyché et du langage dans leur complexité) des impulsions neuronales sur les faits de conscience associés, naît alors une thèse loufoque (selon une tradition irrationnelle de pseudoscience qui glisse souvent du particulier à l’universel), devenue à la mode depuis, selon laquelle « tout » fait de conscience serait postérieur aux impulsions neuronales associées, antériorité qui saperait ainsi la notion essentielle de « libre-arbitre ».
    (On omettra ici les théories non-linéaires du temps, qui invalident à la base le protocole expérimental lui-même).

    Le « petit hic » logique, même selon un paradigme de « temps linéaire » : par quelle astuce la conscience du cobaye pourrait-elle dès lors communiquer au professeur ces « faits de conscience » supposés non coercitifs sur le cerveau … si la conscience n’a aucune influence coercitive sur le cerveau ? par télépathie ? la bonne blague !
    Cela fait un demi-siècle que les collègues de Mr Dehaene gobent ces loufoqueries matérialistes en auditoires, sans s’étonner !

    Que ces grands « savants » agitent plus tard leurs ronflants titres « scientifiques » en guise d’argument d’autorité pour appuyer leurs affirmations fantaisistes ne convaincra que le lecteur lui aussi dépourvu de formation scientifique véritable.
    Les auditoires ne forment plus globalement que des bricoleurs, à la limite armés d’outils mathématiques ou informatiques dont ils usent rarement à propos.
    Cela fait un siècle que les auditoires ne forment plus de scientifiques.
    Niels Bohr était un des derniers représentants d’une pensée scientifique qui n’a pas résisté aux ravages du technicisme institué depuis la seconde moitié du siècle dernier.

    Heureusement, il nous reste l’humour, le sens de la dérision … et la patience.

  2. Annexe.

    Les neurosciences savent aujourd’hui d’expérience que quand un humain observe un cube et que son système binoculaire en perçoit 3 faces à l’avant-plan via les rétines, la structure physique cérébrale ne présente elle-même en aucune de ses parties une forme correspondant (même approximativement) à un objet convexe à 3 faces inspiré du cube.
    Cet « objet convexe à 3 faces » constitue pourtant une évidence première consciente (ou « à la » conscience selon un langage usuel qui reste à améliorer).
    Nier la moindre validité ontologique à cette évidence visuelle première reviendrait à nier tout fondement historique et scientifique à la physique et à la notion-même de « monde physique », structuré géométriquement (quel que soit le paradigme géométrique objectif adopté pour décrire cette structure).

    Mais avant même toute expérience pratique d’observation du cube, une telle occurrence cérébrale était géométriquement impossible de par la divergence fondamentale entre la géométrie 3D objective (sans point-de-vue) du monde physique, dont participe le cerveau, et la géométrie subjective 2D recto avec point-de-vue des percepts visuels.

    En effet, si la structure cérébrale avait présenté une reconstruction partielle du cube, constituée des 3 seules faces observées, cette création neuronale aurait présenté en recto un assemblage convexe de 3 faces et en verso un assemblage symétrique concave. Et pour choisir le « recto conscient » en occultant le « verso inconscient », il aurait fallu la présence, au cœur même du cerveau, d’un nouveau système binoculaire neuronal situé en face du recto convexe, susceptible de percevoir (par un mystérieux phénomène physique inédit) préférentiellement le recto convexe par rapport au verso concave. Et ainsi de suite selon une série comparable aux poupées russes … jusqu’à l’infiniment petit.
    Un tel agencement à l’infiniment petit serait physiquement impossible, puisqu’il atteindrait finalement la structure d’une molécule ou d’un atome … structure qui ne correspond en rien à un système d’observation binoculaire.

    Si les collègues ou patients de Mr Dehaene sont dotés d’un tel agencement de poupées russes dans leur structure cérébrale, cette particularité me semble a priori assez inquiétante … bien plus que le dogme physicaliste lui-même.
    🙂

    La physique théorique pourra multiplier indéfiniment les paradigmes mathématico-géométriques de description d’un hypothétique monde physique objectif (physique quantique, univers hologramme, multivers versions I, II, II, IV et autres … tout paradigme physique restera par essence « objectif » puisqu’il s’agit du moteur même de cette démarche physique : l’objectivité, indépendante de la subjectivité consciente, objectivité corrélée à l’objectivité essentielle des mathématiques, lesquelles articulent la métrique de ces paradigmes géométriques physiques.
    Même un espace 2D objectif présente 2 faces « recto/recto ». Tout disque en rotation y tourne dans les 2 sens. Le choix d’un sens unique vient d’un choix arbitraire subjectif d’un recto préférentiel, « néantisant » le verso arbitraire résiduel. Mais ce « choix néantisant » n’a aucune réalité dans un monde physique objectif, même 2D. Ce choix arbitraire est purement subjectif, il caractérise les percepts subjectifs conscients, pure création psychique, inconcevable dans un monde objectif. C’est l’habitude subjective humaine (Hume nous met en garde contre de telles habitudes, que l’esprit peu critique pose abusivement comme des nécessités ontologiques) qui nous fait croire qu’un plan « recto sans verso » pourrait constituer un être géométrique objectif. Une telle existence reste ontologiquement une pure création psychique subjective, impossible comme existence objective.

    Toute image sur la rétine est elle-même un objet « recto/recto » et non une « image recto sans verso ».
    C’est ici encore cette habitude subjective consciente qui nous fait imaginer que l’image sur la rétine pourrait être une image recto, dont le verso serait néantisé.

    Le sens commun nous inviterait même à supposer que la face préférentielle correspondant à l’image des percepts conscients serait celle située du coté éclairé de la rétine, coté pupille. L’expérience consciente nous montre que c’est le contraire : c’est bien la face située côté nerf optique qui est « représentée à la conscience ».
    Et ce choix ne peut être connu du cerveau lui-même, choix qui n’aurait d’ailleurs aucune signification dans un monde objectif
    Seule la conscience connaît ce choix par expérience purement subjective.

    Et la connaissance de ce choix final constitue une info inconnue (et inconnaissable) a priori du cerveau physique.
    Seule la conscience subjective peut connaître ce choix a priori et le transmettre ensuite au cerveau … pour que le cerveau transmette a posteriori cette info à mon système moteur de communication (tapotage sur un clavier d’ordi, organes de la parole …).
    Lorsque « je » (conçu ici comme la part corps/cerveau de mon « moi » conventionnel) transmets, par communication physique corporelle, ce choix « recto » (de la face côté nerf optique) au niveau de la conscience, choix qui néantise dans les percepts visuels conscients l’image « verso » (côté centre de courbure du globe oculaire), ma « conscience » (qui reste ici à mieux définir) a forcément exercé au départ de cette communication une coercition d’origine « méta-physique » (au sens étymologique) pour communiquer d’abord au cerveau physique une info première qu’il ne pouvait connaître à partir du seul monde physique, dans lequel cette info était a priori absurde.

    Reste maintenant à envisager, à partir de ces considérations introductives (à une approche un peu plus scientifique des « sciences cognitives » en germe) l’hypothèse d’un éventuel « tiers causal » (moins naïf et plus scientifique que les hypothèses tautologiques de l’occasionnalisme de Malebranche), tiers causal qui participerait d’une catégorie ontologique d’êtres (irrémédiablement) hypothétiques qui ne seraient « ni physiques, ni conscients » et conjointement « ni objectifs, ni subjectifs ».
    Le tout en évitant le piège des tautologies religieuses usuelles …

    Voilà une ouverture ontologique qui promet bien des amusements …
    Et le physicalisme nous affirme péremptoirement que la culture humaine toucherait du doigt son aboutissement historique !
    (Une telle affirmation est culturellement récurrente et symptomatique des cristallisations dogmatiques des dérives religieuses totalitaires … dont le physicalisme contemporain n’est que la énième version historique).

    A la bonne blague.

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