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Faire de la métaphysique

Première publication, juin 2013 (révisée août 2015)

On peut se demander pourquoi nous ne devrions pas nous tourner vers les neurosciences afin qu’elles nous expliquent si oui ou non par exemple nous avons le pouvoir d’exercer  librement notre volonté ou  si nous faisons seulement semblant de choisir ? La science empirique n’est-elle pas le meilleur chemin pour découvrir des vérités sur nous et sur le monde ? Les questions relatives à la nature de l’esprit, à la conscience où encore à nos actions qui ne sont pas de simples choses qui arrivent sans raisons particulières, nous posent toujours problèmes et il est légitime de se demander si nous devons passer notre temps à lire de la philosophie ou à consulter les dernières nouvelles de la science. C’est vrai que les sciences nous expliqueront qu’il se passe quelque chose de physique entre nos deux oreilles, quelque chose que l’on comprend de mieux en mieux et qui démontre que le libre-arbitre par exemple n’est qu’un reste de notre psychologie populaire. Autrement dit, et à première vue, un traité de science paraît bien placé pour résoudre nos problèmes et répondre à nos questions. Mais doit-on en conclure que toute métaphysique est vaine et que la philosophie ferait mieux de se retirer en dehors du champ de la connaissance ? C’est vrai que les philosophes débattent sans fin et n’apportent que des raisons d’adhérer à certaines de leurs conclusions. En cela, ils ne produisent pas le même type de réponses à ces questions. C’est normal ! Ce qui concerne la philosophie est ce qui rend la vérité ou la fausseté possible. Et c’est bien pour ça qu’elle demeure rivée à la recherche de la connaissance.

Dans ce projet, la philosophie ne travaille pas, isolée dans son univers d’a priori, en dehors de la science. Cela ne veut pas dire que la métaphysique de l’esprit serait soluble dans les sciences qui ont pour objet l’esprit. Ce ne peut, en effet, pas être à la science de sélectionner la meilleure catégorie métaphysique. Le dualisme du corps et de l’esprit, par exemple, thèse qui soutient qu’il existe deux substances, l’une pensante, l’autre étendue ou deux types de propriétés irréductibles l’un à l’autre, est une décision philosophique qu’aucune découverte scientifique ne peut véritablement trancher. C’est normal, les scientifiques ne cherchent pas à construire des expériences qui auraient pour objectif de démontrer la fausseté d’une position métaphysique. Ce que peut faire la science, c’est poser de nouveaux problèmes aux philosophes et elle ne s’en prive pas. Ainsi lorsque Benjamin Libet nous montre qu’il se passe quelque chose entre nos oreilles avant que nous prenions conscience de notre décision d’agir, il pose un nouveau problème aux philosophes qui doivent alors s’atteler à une clarification conceptuelle de la notion du libre-arbitre par exemple. Et cette tâche est strictement philosophique. La contribution de la philosophie à la compréhension de l’esprit, s’effectue dans un monde que les découvertes scientifiques modifient. Le dualisme de Platon, de Descartes ou celui de Chalmers émerge dans des contextes modifiés par la science.

Il n’y a donc rien de daté, de dépassé – rien qui ne soit stérile dans la métaphysique qui cherche à dire ce que sont les catégories fondamentales de l’être. Et parce que  ces catégories sont formées par les recherches empiriques, elle travaille avec la science.

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