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Dennett contre Searle

Première publication, mai 2007 (révisée août 2015)

En tant que philosophe cognitiviste, Daniel Dennett soutient l’idée que les êtres humains et les créatures non humaines traitent des informations et manipulent des représentations relatives à leur environnement. Cependant, c’est une chose pour le comportement d’une créature d’être guidé par des représentations, c’en est une autre, que de pouvoir apprécier cette compétence.

Pour Dennett, il n’y a pas seulement une différence de degrés entre les créatures, mais une différence en terme de genre entre les simples capacités représentationnelles (comme la capacité d’organismes simples ou celle du thermostat) et les capacités représentationnelles de haut niveau que sont les représentations de représentations. Selon Dennett, seules les créatures possédant ces capacités représentationnelles de haut niveau peuvent être qualifiées de « pensantes ». Certes, lorsque guidée par la représentation de certains aspects de son monde limité, une limace rampe en direction d’une salade, il n’est pas nécessaire de la voir comme un animal dotée de pensée.

Ainsi (contre Searle), une hiérarchie partant des thermostats et des limaces et allant jusqu’aux hommes s’impose. Au sommet de la hiérarchie, on trouve non seulement des créatures capables de tester des hypothèses, mais qui sont également capables de représenter leur propre conscience. Les êtres humains, dotés du langage ont ces capacités. La conscience est ce qui émerge à ce niveau supérieur et elle se définit comme la capacité de réfléchir à ces représentations. Cette capacité est, selon Dennett, liée au langage. Ainsi, strictement parlant, la pensée et la conscience sont possibles uniquement pour les créatures dotées de compétences linguistiques. Autrement dit, les états de consciences ne sont pas ceux que révèlent les structures qualitatives ou phénoménologiques ou qui seraient logées dans la chambre de l’esprit, non, les états de consciences sont des états, qui avec d’autres éléments représentationnels, assument le contrôle du comportement.

Ainsi, avant que l’intentionnalité atteigne le niveau de la conscience, elle sera donc passée par une longue période d’évolution. Dennett, en darwinien[1], écrit que « l’intentionnalité ne vient pas du haut : elle s’infiltre du bas, à partir des processus algorithmiques initialement aveugles et sans but et acquièrent graduellement de la signification et de l’intelligence au fur et à mesure qu’ils se développent[2]. » Autrement dit, l’intentionnalité de l’homme ne serait que le produit des activités de machines plus petites et dont chacune d’elle aurait une histoire propre. C’est pour cela que pour Dennett, contrairement à Searle, il ne peut exister d’intentionnalité originelle ou intrinsèque.

Références

[1] 1995, Darwin’s Dangerous Idea. Evolution and the Meanings of Life, trad. Française P. Engel, Darwin est-il dangereux ?, Paris, Odile Jacob, 2000.

[2] 1987, The Intentional Stance, MIT Press, Cambridge, trad. Française P. Engel, La stratégie de l’interprète, Paris, Gallimard, 1990, p. 235.

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