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Une réponse au problème corps-esprit : l’ontologie dualiste de Descartes

Première publication, janvier 2007 (révisée août 2015)

L’interaction de l’esprit et du corps pose problème.

La solution dualiste de Descartes se construit autour de la séparation de deux substances : le corps et l’esprit. Il s’agit ensuite d’expliquer comment l’interaction entre les deux est rendue possible[1].

Pour démontrer que le corps et l’esprit sont des substances séparées, Descartes utilise une expérience de pensée dans laquelle il soutient l’idée que chacune des substances peut être conçue clairement et distinctement comme étant des entités capables d’exister indépendamment l’une de l’autre. Je peux, en effet, imaginer mon esprit pensant par lui-même et je peux imaginer mon corps exister sans l’esprit.

Comment alors l’esprit et le corps, deux genres de choses radicalement différentes, peuvent-ils interagir ? C’est dans la théologie que Descartes puise sa réponse. En plus de la création d’une substance mentale et d’une substance physique, Dieu a créé l’union qui constitue la nature humaine.

Dans cette ontologie, chaque substance possède un attribut essentiel qui détermine sa nature. Pour la substance pensante, l’attribut est la pensée et pour la substance corporelle, l’attribut est l’extension.

Au cœur de la philosophie de Descartes, on trouve une ontologie de substance et de mode et un engagement réaliste en direction de certains phénomènes. En effet, dans son parcours philosophique du doute, Descartes se met à douter d’un grand nombre de choses, mais il ne peut douter de la réalité de ses états psychologiques. Ces états incluent les modes comme les couleurs, les formes, etc. et ceux-ci impliquent l’existence d’une substance inhérente. Descartes lie alors son identité personnelle à la substance pensante inhérente à ces états psychologiques. Ainsi, parce qu’il pense, alors il existe.

Descartes définit la substance comme étant ce qui possède la capacité d’exister indépendamment de tout autre chose. A l’intérieur du monde, il y a donc deux genres fondamentaux de substances créées : l’esprit qui est la substance pensante et le monde physique qui est la substance étendue. Tout ce qui est en plus des substances sont les modes de ces deux genres de substances. La seule exception à cet agencement est l’union de l’esprit et du corps qui constitue la nature humaine et explique l’interaction corps-esprit.

Le 16 mai 1643, la princesse Elisabeth de Bohème écrivait à Descartes :

[…] Comment l’âme de l’homme peut déterminer les esprits du corps, pour faire les actions volontaires (n’étant qu’une substance pensante). Car il semble que toute détermination de mouvement se fait par la chose mue, à manière dont elle est poussée par celle qui la meut, ou bien de la qualification et figure de la superficie de cette dernière. L’attouchement est requis aux deux premières conditions, et l’extension à la troisième[2].

La distance métaphysique qu’introduit l’ontologie dualiste entre le corps et l’esprit, semble, en effet, exclure tout contact possible entre les deux substances. On peut alors se demander comment un événement dans un esprit immatériel peut-il avoir des effets matériels ?

Références

[1] 1641, Méditations métaphysiques.

[2] 1643/1649 – 1989, Correspondance avec Elisabeth et autres lettres, Garnier Flammarion.

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