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Les trois David (Hume, Lewis, Armstrong) et la perception de la causalité

Première publication, décembre 2007 (révisée août 2015)

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Lorsque l’on suppose que l’événement c cause l’événement e, lorsque la pierre lancée cause le bris de la vitrine, par exemple, on peut se poser deux questions auxquelles il est difficile de répondre :

1) Est-ce que je vois que le lancer de la pierre cause le bris de la vitrine ?

ou

2) Est-ce que j’infère (1) avec ma connaissance d’arrière-fond de régularités observées ?

David Lewis, en humien prudent, écrit :

Hume, bien sûr, disait que nous ne percevions jamais la relation causale mais seulement une succession répétée. Cependant, il est extrêmement difficile de dessiner la ligne entre ce qui est vrai selon l’expérience perceptuelle par elle-même et ce qui est vrai selon un système de croyances formé en parti par l’expérience perceptuelle et en partie par les croyances antérieures. […] Aussi, je ne suis pas en position de dénier que dans tel cas je suis en accointance perceptuelle avec une instance de relation causale ; et par conséquent, en accointance avec la relation qui est instanciée.[1]

Si l’on soutient que la causalité c’est un peu plus que l’enregistrement de régularités, on doit se demander si, au moins dans certains cas, nous avons accès, par la seule observation, à la causalité singulière.

Le « doute sceptique », tel que Hume le qualifie, est le doute que l’on puisse parvenir par l’expérience à approcher le lien causal impliquant une idée de « pouvoir, de force, d’énergie et de connexion nécessaire »[2]. Pour Hume, en effet, rien dans l’expérience ne nous permet de détecter le lien causal :

Quand nous regardons hors de nous vers les objets extérieurs et que nous considérons l’opération des causes, nous ne sommes pas capables, dans un seul cas, de découvrir un pouvoir ou une connexion nécessaire, une qualité qui lie l’effet à la cause et fait de l’un la conséquence infaillible de l’autre.

A la première apparition d’un objet, nous ne pouvons jamais conjecturer quel effet en résultera. Mais si le pouvoir ou l’énergie d’une cause pouvait se découvrir par l’esprit, nous pourrions prévoir l’effet, même sans expérience, et nous pourrions, dès l’abord, nous prononcer avec certitude à son sujet, par la seule force de la pensée et du raisonnement.

Si causalité il y a, on ne peut donc, selon Hume, en observer le lien ni directement ni par introspection. L’argument de Hume visait, on le sait, la connexion nécessaire entre la cause et l’effet. Pour Armstrong (le troisième David)[3], ce que Hume précisément visait, était la conception rationaliste de la relation causale basée sur la logique à la façon d’un argument démonstratif. Hume affirme, dans la mesure où la cause peut être conçue en dehors de son effet et vice versa, qu’il n’y a pas de démonstration a priori d’une connexion causale. L’objectif de Hume était d’établir que la connexion ne pouvait pas être prouvée empiriquement, et que la relation causale comme régularité trouvait son fondement dans la psychologie.

Références

[1 2000 « Causation as Influence », The Journal of Philosophy, reprinted in in Causation and Conterfactuals, Edited by J. Collins, N. Hall and L.A. Paul, (2004) Cambridge Mass: MIT press, p. 75-76.

[2] 1739, Treatrise of Human Nature, L.A. Selby-Bigge et P.H. Nidditch (eds), Oxford, Clarendon Press, 1955, trad. française P. Baranger et P. Saltel, Paris, Garnier Flammarion, 1995, p. 129-130.

[3] 1997, A world of State of Affairs, Cambridge University Press, p.211.

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