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Du point de vue ontologique (1)

Première publication, novembre 2007 (révisée août 2015)

from an ontological point of view

 

Le livre de John Heil From an Ontological Point of View[1] est un modèle de travail philosophique dans lequel apparaît la volonté de rendre clair et accessible un ensemble de réponses à des questions comme : est-ce que le monde est une construction ? Existe-t-il des domaines dans le monde qui seraient indépendants de mon esprit ? Etre réaliste au sujet d’un domaine, comme par exemple, les objets perceptibles de dimension moyenne ou les nombres ou encore l’esprit, c’est considérer ces entités comme indépendantes de nos esprits. Le livre rend compte de ces problèmes et applique ses résultats à un certain nombre de questions qui traversent la philosophie de l’esprit (les zombis, les expériences de la conscience, l’intentionnalité…) et la métaphysique.

Qu’est-ce qu’un point de vue ontologique ?

Afin de rendre compte de l’esprit, la philosophie de Ryle ou de Wittgenstein aura mis l’accent sur le langage et la logique. L’approche fonctionnaliste du mental, quant à elle, aura fait entrer de curieuses propriétés dans son ontologie comme celles de posséder un rôle causal dans un système, par exemple. Davidson, lui, préféra parler de prédicats plutôt que de propriétés. Ces différentes approches ne contribuent pas à un point de vue ontologique.

Pour John Heil, derrière cette difficulté à adopter un point de vue ontologique se cache une théorie largement implicite qu’il nomme « théorie picturale ». Cette théorie, selon lui, est fausse et sans espoir, métaphysiquement parlant. L’idée centrale de cette théorie, qui est plus une tendance méthodologique en philosophique analytique ou encore représente une famille de doctrines est basée sur le principe suivant : on peut relever des traits de caractères de la réalité de nos représentations linguistiques.

Imaginons que l’on remette en cause l’existence de divisions naturelles dans le monde et que l’on affirme : « Tout dépend du langage ». Une telle sentence aurait la curieuse conséquence d’avoir à chercher à l’intérieur du langage même des renseignements sur la structure du monde. Le langage s’octroierait alors le pouvoir de « découper » la réalité. C’est alors que le caractère arbitraire et conventionnel du langage produirait son plus curieux effet : les éléments de la réalité sont arbitraires et conventionnels.

On pourrait aussi rechercher quelles conséquences un tel décret, qui affirme que le monde en dehors du langage dépend du langage, pourrait produire quant à l’ontologie du langage lui-même ! Ma table de travail deviendra alors très vite suspecte, mais que dire du désert et des montagnes ! Quant aux électrons, entités que l’on ne peut même pas localiser, ils ne seraient plus qu’un pur produit de nos théories physiques ? Les morphèmes ou les syllabes, par contre, seraient mises bizarrement à l’abri du doute. En effet, quand le monde est une construction du langage, ce dernier se met à l’écart du monde. Autrement dit, l’existence de ma table de travail, du désert, des montagnes, des électrons… dépendrait d’entités abstraites. Pour éviter cette conséquence, le langage lui-même devra être lui-même considéré comme quelque chose de concret. Dans ce cas-là, il ne pourrait pas s’exempter du genre de dépendance qui fait peser aux autres entités concrètes.

Le point de vue ontologique apparaît donc, dans le travail métaphysique, comme un point de vue inévitable.

Références

[1] 2003, From an Ontological Point of View, Oxford: Oxford University Press, trad. française D. Berlioz et F. Loth, Du point de vue ontologique2011, Ithaque,

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