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Pourquoi accepter des propriétés dans notre ontologie ? Ou pourquoi penser que les propriétés existent ?

Première publication, janvier 2008 (révisée août 2015)

Avant de chercher à mieux saisir la nature des propriétés on peut se demander pourquoi nous devons imaginer que le monde contienne de telles entités. Une certaine tradition philosophique reste suspicieuse à l’égard des propriétés. Elles n’auraient pas de pouvoir explicatif et faire appel à elles serait illégitime[1]. Hume, radical, préconisait, au sujet de volumes traitant de métaphysique, de nous poser la question suivante:

« Contient-il des raisonnements expérimentaux sur des questions de fait et d’existence ? Non. Alors, mettez-le au feu… »[2]

En rejetant les propriétés de l’ontologie, on pourrait peut-être préférer les classes de ressemblances ou les ensembles d’objets similaires. Le prédicat ‘est sphérique’, par exemple, pourrait être utilisé pour désigner une classe d’objets, ceux qui appartiennent à la classe des choses sphériques. Une telle approche ne consisterait-t-elle pas, néanmoins, à mettre la charrue avant les bœufs ? Si des objets appartiennent à des classes en vertu de similarités ou de ressemblances qu’ils ont les uns avec les autres, ils se ressemblent en vertu de leurs propriétés. En effet, les objets ne se ressemblent pas les uns les autres tout court mais par certains aspects.

On pourrait néanmoins, peut-être se contenter de la simple distinction entre les termes singuliers et les prédicats. Les termes singuliers sont des mots ou des phrases qui peuvent occuper la position de sujet dans une phrase, dans le but de dénoter une chose simple. Les prédicats, par contre, peuvent rendre vrais les énoncés qui les utilisent. Introduire les propriétés dans notre ontologie nous permet donc de trouver ce qui, dans le monde, rend vrai une phrase comme :

(1) La balle est rouge.

ou

(2) La balle est sphérique.

balle de golf rouge

On peut dire alors que l’existence des propriétés nous aide à rendre compte de cette compétence particulière que nous avons à admettre des instances de termes généraux comme « rouge » et « sphérique ».

Sans doute que de telles observations ne suffiront pas à convaincre un ardent éliminativiste au sujet des propriétés. Dans le domaine de la philosophie, on ne peut pas fournir d’argument absolu. Cependant, on peut espérer construire des comptes-rendus qui seront en accord avec les choses telles qu’elles sont. Ainsi, reconsidérons la phrase suivante :

(1) La balle est rouge.

Supposons que les phrases (1) et (2) soient vraies d’une balle de golf en particulier. On peut alors penser qu’il existe quelque chose au sujet de la balle en vertu de laquelle il est vrai de dire qu’elle est rouge et sphérique. Parler ainsi revient alors à parler de propriétés que possède la balle. Il devient alors naturel de dire qu’être sphérique ou être rouge sont des propriétés de la balle de golf. Ces propriétés dotent l’objet de caractéristiques qualitatives et lui confèrent certains pouvoirs.

Admettre l’existence des propriétés dans notre ontologie ne serait donc pas seulement motivé par une sorte de sauvetage de certains problèmes philosophiques. En effet, en parlant de quelque chose au sujet de la balle de golf, nous parlons de la manière dont est la balle de golf.

Références

[1] 1960, Word and object, Cambridge, MA: MIT Press, Trad. française J. Dopp et P. Gochet, Le mot et la chose, Flammarion, 1977.

[2] 1748, Enquiry Concerning Human Understanding, trad. française André Leroy, Paris, Garnier Flammarion, 1983.

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