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Qu’est-ce que c’est ?

 

La philosophie de l’esprit étudie la nature de l’esprit et sa relation au monde.

Qu’est-ce que la philosophie pourrait avoir à nous dire au sujet de l’esprit que nous ne pourrions apprendre en étudiant la psychologie, les sciences cognitives ou les neurosciences, voire la physique ?

Les êtres humains sont des êtres conscients, intelligents, possédant des états mentaux tels que les émotions, les représentations, les sensations, les perceptions, les croyances, les désirs, les volitions, etc. Qu’est-ce que la conscience et l’intelligence ? Que sont ces états ? Quelles relations entretiennent la conscience et tous ces états avec le corps qui les abrite ?

Une solution, consistant à dire que la conscience et tous ces états doivent être identifiés avec des états du cerveau, pourrait nous inciter à nous tourner vers les neurosciences afin de spécifier et de connaître véritablement l’esprit. Cependant, une telle solution présuppose une approche philosophique. En effet, la philosophie n’est pas coupée des autres disciplines qui peuvent nous fournir des connaissances sur l’esprit et sa relation au monde. La thèse de la conscience qui serait logée dans le cerveau et qui permettrait d’identifier les états d’esprit avec des états neuronaux ne peut empêcher un questionnement philosophique. Cependant, est-ce la vraie manière de penser l’esprit et sa nature ?

Il n’est pas du tout manifeste que cette solution soit la plus satisfaisante des manières de penser l’esprit. Pour Platon (Phédon), puis Aristote (De Anima), les esprits ne sont pas des choses. On ne peut décrire un esprit comme on décrirait un organe. Certes le cerveau pourrait bien occuper une place proéminente dans la responsabilité « mécanique » du comportement, mais l’identification de l’esprit au cerveau pourrait bien être ce que Gilbert Ryle[1]  nomme une « erreur de catégorie».

Que les esprits soient des choses ou des fonctions ou quelque chose d’autre est, à la base, une décision philosophique. Et une telle question parcourt le débat contemporain en philosophie de l’esprit.

Cependant, affirmer que le philosophie n’est pas coupée des autres disciplines pouvant nous fournir des connaissances sur l’esprit et prendre en compte la remarque précédente, disant que la philosophie doit opérer indépendamment de la science, peut apparaître comme contradictoire. Néanmoins, la philosophie contemporaine de l’esprit affirme le contraire. En effet, les questions philosophiques émergent parmi des résultats scientifiques. Les concepts utilisés pour traiter les questions philosophiques sont vivants, ils évoluent et s’adaptent aux découvertes empiriques. Ainsi, il n’existe ainsi pas, entre la science et la philosophie, quelque chose qui pourrait ressembler à une sorte de division du travail. La philosophie de l’esprit et les sciences empiriques ne sont pas concurrentes, leurs relations, dans la tradition de la philosophie analytique, sont pacifiées.

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Lorsque l’on songe à nos expériences particulières de conscience, constituées de certaines images mentales par exemple et à l’examen de notre cerveau que pourrait effectuer un neurophysiologiste à ce moment précis, il est impossible de penser à une identité entre les qualités de cette expérience particulière, dans laquelle nous nous représentons des formes et des couleurs d’un côté, et la matière cérébrale, de l’autre. Au mieux, le neurophysiologiste observera certains événements dans le cerveau qu’il pourra corréler avec ces expériences particulières de conscience. Cette corrélation suggérera alors que ces expériences, d’une certaine manière dépendent ou sont basées ou sont déterminées par ces événements cérébraux, qui cependant se distinguent d’elles.

Si deux choses sont identiques, toutes les propriétés de la première chose doivent être possédées par la seconde et vice versa. C’est la condition de leur identité. Ainsi, l’expérience particulière de conscience, constituée d’images mentales, semble posséder certaines propriétés que les événements cérébraux eux, ne possèdent pas. Dans ce cas-là, l’identification de nos expériences de conscience avec certains états du cerveau, manifestement échoue.

De telles questions sont des questions philosophiques. En effet, il n’est nul besoin d’accumuler des résultats scientifiques au sujet du cerveau pour tenter d’y voir plus clair sur le problème de la relation de l’esprit avec le monde – le monde physique en particulier. C’est un problème philosophique qui requiert une solution philosophique.

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Existe-t-il des conditions d’attribution d’un esprit à une chose ?

Certains systèmes inorganiques, électromécaniques tels les robots et les ordinateurs présentent manifestement des caractéristiques que nous attribuons habituellement aux esprits. Existe-t-il, cependant, véritablement des « marques » pour le mental, nous permettant d’éclaircir notre conception de la mentalité elle-même ? Notre notion de mental n’apparaît pas comme une notion monolithique. Un certain nombre de critères épistémologiques et de caractéristiques peuvent être formulés : la connaissance directe, le caractère privé voire infaillible de notre connaissance du mental, la non spatialité, l’intentionnalité, etc. Néanmoins, de façon standard en philosophie contemporaine de l’esprit, deux catégories de phénomènes mentaux sont posés :

– les états qualitatifs ou sensibles (qualia), comme la douleur, les sensations de goût et de couleur, etc.

– les états intentionnels, comme les croyances, les désirs, les intentions.

Les premiers satisfont les critères épistémologiques comme l’accès direct et le caractère privé, alors que les seconds satisfont le critère de l’intentionnel.

Références

[1] The Concept of Mind, 1949, trad. Française, La notion d’esprit, Petite Bibliothèque Payot, 1978.

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